The Strive Diaries: Entry 1 – EWS Round 1 in Chile

Fabien Barel // Foto: Jérémie Reuiller

Avec les « Strive Diaries » nous aspirons à vous faire découvrir les expériences, les péripéties et les émotions que le Canyon Factory Enduro Team vit au quotidien. Ne se focaliser que sur les bonnes expériences ne suffit pas, il faut aussi montrer les choses lorsqu’elles ne tournent pas rond, voir lorsqu’elles tournent très mal. La vie des athlètes de très haut-niveau est pleine de haut et de bas et c’est cela que nous voulons vous montrer. A travers cet article nous pourrions nous étaler sur le fait que la course au Chili était géniale avec un super terrain et des supporters survoltés, mais alors nous ignorerions les faits quasi-tragiques que nous avons vécus.

Le voyage au Chili a été, sur plusieurs aspects, un saut dans l’inconnu. Nous ne nous attendions absolument pas à découvrir une scène locale aussi dynamique et diversifiée. Les gens au Chili sont fous d’Enduro – certains pays Européens devrait d’ailleurs s’inspirer des chiliens. Pour nous, c’était évident qu’avec un tel engouement populaire, ce pays avait largement mérité le droit d’accueillir la première manche de l’Enduro World Series (EWS) 2014.
Das Strive AL – die Abfahrt beginnt bergauf

Nous sommes parti à l’autre bout de la planète avec une équipe un peu plus grosse que d’habitude afin de profiter pleinement des opportunités sur place. Nous avons cumulé compétition et entraînement avec la réalisation de vidéos et photos avec les Andes pour toile de fond. Après avoir réussi à faire les images que nous voulions, il était temps de passer aux choses sérieuses avec la course-test « Montenbaik Enduro 2014 » à La Parva. Cela nous a permis de voir que les autres compétiteurs ont également mis beaucoup d’ardeur dans leur préparation hivernale. Fabien prend la cinquième place et Inès décroche le podium avec une magnifique troisième place.

Ludo May // Foto: Jérémie Reuiller

Notre nouveau venu dans le team, le Suisse Ludo May, était impatient de nous montrer ce dont il est capable sous ses nouvelles couleurs au sein de notre CFET : « Aller au Chili a été le premier vrai trip que j’ai fait avec la team, c’est juste génial d’avoir le manager et le mécano à mes côtés. J’ai vraiment senti le soutien qu’on s’apporte mutuellement, c’est comme faire partie d’une grande famille. Malheureusement un souci mécanique m’a empêché de tout donner… mais je suis content, j’ai bien roulé et cela booste ma confiance pour les EWS ».

Après s’être assurés sur notre état de forme et avoir apprivoisé le grip si particulier des montagnes chiliennes nous sommes partis pour 5 heures de route en direction de Nevado de Chilian, lieu de la première manche des EWS. Nous avons passé le jeudi et le vendredi à faire un maximum de reconnaissances sur le parcours, en sachant qu’il fallait se préserver quand même un minimum pour le week end intense de 6 spéciales réparties sur samedi et dimanche. Le timing était court, mais c’était la même chose pour tout le monde.

Ines Thoma // Foto: Jérémie Reuiller

Comme nous tous, Inès sentait la pression de la course venir : « J’étais un poil nerveuse, pour être honnête, mais je pense que c’est le cas pour tout le monde. Tu ne sais jamais ce qui peut arriver, même si tu as déjà fait des milliers de courses. Mais être ici c’est quelque chose de différent, le parcours est vraiment fun à rouler et on a un temps magnifique donc je suis contente ! ».

A la fin de la première spéciale il est apparu évident que cette saison allait être très serrée, les juniors et les nouveaux se frottent déjà aux grands noms de la discipline. Puis Fabien franchi la ligne d’arrivée. On a tous compris tout de suite que quelque chose n’allait pas, tout le monde avait un regard consterné… que diable s’était-il passé ?

Fabien Barel // Foto: Jérémie Reuiller

Malgré sa chute et en occultant sa blessure et la douleur, Fabien s’est démené pour finir la première journée : « Quelle journée ! Je n’aurais jamais pensé commencer comme ça. Je ne m’attendais pas à cette tournure des évènements dès la première spéciale. J’ai roulé comme un jeune de 15 ans, surfant sur le sable, driftant dans les virages, sautant sur toutes les racines… un style de ride qui te donne une confiance totale et l’impression d’être invincible. Une ivresse que même après 20 ans de compétition, je n’arrive pas à contrôler… Au milieu de la spéciale à 40km/h, je suis passé par-dessus le guidon, j’ai atterri tête la première dans le sable, je me suis tordu le dos dans le mauvais sens et j’ai fini ma chute 5 mètres en contrebas de la piste. Il m’a fallu 10 minutes pour remonter chercher mon vélo, mon dos me faisait tellement souffrir. J’arrivais à peine à bouger. Mais finalement je suis remonté sur la selle et j’ai réussi à finir la spéciale pour aller directement voir le staff médical. Après un long examen j’ai décidé, tant bien que mal, de commencer la liaison pour la 2ème spéciale… Est-ce que j’aurai du me forcer aujourd’hui pour récolter quelques points? Est-ce que ces risques valent vraiment la peine? Est-ce que je dois rouler demain? Est-ce de ma faute si ça s’est passé comme ça? Toutes ces questions sans réponses… mais je sais que je suis là pour rouler et donner le meilleur de moi-même dans cette compétition. Même avec un genou à terre tu es encore dans le coup… moi je dis : N’abandonne jamais ! »

Canyon Pro Sports

Cela a été une décision très dure à prendre, mais dimanche matin nous avons compris que la compétition s’arrêtait là pour Fabien. Nous avons vraiment pris une sage décision. Un examen complet avec scanner à l’hôpital dans l’après-midi nous a révélé que Fabien s’était facturé la 8ème vertèbre dorsale à quelque millimètres de la moelle épinière et d’une paralysie des membres inférieurs. C’est dans ces moments que notre concentration sur le vélo et la compétition disparaît au second plan : on se rend compte qu’on a frôlé la catastrophe.

Pour faire un point sur la course, Ludo nous a fait une très forte impression avec une 13ème place au final. Joe, de son côté, allait de bon train mais a été ralenti par une crevaison ce qui lui permet d’atteindre, malgré tout, la 25ème position au final.

Joe Barnes // Foto: Jérémie Reuiller

Notre « Top Chief » s’est néanmoins bien éclaté : «C’était une superbe première course pour commencer la saison, à commencer par le fait qu’on est venu jusqu’ici au Chili ! A la fin de chaque spéciale on se disait que c’était le meilleur run qu’on ait jamais fait… jusqu’au suivant ! Ces montagnes chiliennes sont vraiment super fun !

J’y suis allé doucement dans la première spéciale, en sachant que l’année va être longue, et je me sentais en confiance sur mon vélo. Après j’étais prêt à attaquer la deuxième spéciale, plus longue et donc plus physique, je m’en suis bien tiré avec une 11ème place. Au final j’ai fait une bonne première journée, mais vu que je me suis un peu retenu dans la première spéciale je savais que je pouvais donner plus ! Sachant cela j’étais excité à l’idée de courir la deuxième journée parce que je pouvais envoyer du plus lourd.

La quatrième spéciale était bien fluide, rapide et très meuble. J’ai engagé un peu plus, ce qui m’a permis de finir 5ème – mon meilleur score des spéciales du week end. Cela m’a fait grimper dans le classement final. La spéciale 5 était plus tendue car plus technique mais c’est exactement le genre de piste que j’aime, c’est comme à la maison, en Ecosse ! Malheureusement, mon pneu avant n’a pas résisté à un pierrier bien aiguisé et je me suis retrouvé à plat au milieu de la spéciale. J’ai essayé de rouler aussi vite que je pouvais mais j’ai perdu un temps précieux face à mes adversaires.

Cela a été une grosse déception pour moi, ce n’est pas la plus belle manière de commencer sa saison lors de la première manche des EWS. Au final je finis 25ème et je récupère quelques points mais ce n’est pas ce que j’espérais. Le plaisir que j’ai pris ce week-end me rend d’autant plus impatient de passer à la suite, je ferais juste attention aux cailloux pointus… »

C’est avec des sentiments mêlés qu’on se repasse nos aventures au Chili. Des émotions qui vont du comble du bonheur pour avoir roulé des spéciales si parfaites et avoir senti l’enthousiasme réel des chiliens, à la déception de ne pas avoir produit les résultats espérés, au choc brutal qui a suivi la chute de Fabien. Le retour en Europe va être l’occasion de faire le point et de se remettre en route pour le RIVA BIKE Festival en Italie.

Merci à tous pour vos messages de soutien à l’attention de Fabien. Il va falloir être patients et attendre la suite des évènements pour lui… mais, tout comme vous, on espère voir Fabien sur un vélo au plus vite !!

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